La nécropole d'Ilarita à Iraty

Près du sommet d'Okabe au dessus de la forêt d'Iraty, l’horizon immense depuis le plateau d’Ilarita, à 1362 mètres d’altitude, le silence et l’atmosphère de recueillement qui imprègnent ces lieux. Rien ne semble avoir changé depuis que les tous premiers pasteurs Basques ont atteint ces hauts pâturages au cours du 3ème millénaire av. JC.
Plateau d'Ilarita
En effet, l’élevage est déjà pratiqué à cette époque appelée Protohistoire ou Âge des Métaux, ( l’homme commence à utiliser le métal pour sa vie quotidienne, en remplacement de la pierre ou du bois ). On a ainsi l’âge du Cuivre, ( 2500 ans à 1800 av JC), métal aisément fusible, mais trop mou pour un usage intensif, puis celui du Bronze ( 1800 à 700 av.JC ) alliage de cuivre et d’étain, métal plus résistant, et qui sera d’ une grande utilisation. Enfin l’âge du Fer, métal tous usages, dont le Pays basque est si riche.
Ces Basques descendants des Homo Sapiens Sapiens arrivés dans le pays environ 40 000 ans auparavant ont donc aussi été les chasseurs de la Préhistoire, pourchassant bisons, rennes, et chevaux sauvages. Ils vont connaître la « révolution du Néolithique initiée au Moyen Orient, et ils se sédentarisent, vers 4000 ans AV JC., créant les premiers groupements d’habitats fixes dans le piémont. Ils s’adonnent en outre à l’élevage ( essentiellement ovins, caprins, bovidés) et à l’agriculture : de « chasseurs- cueilleurs » qu’ils étaient, ils deviennent « éleveurs-producteurs ». Cette transformation capitale du mode de vie est due au réchauffement climatique qui touche alors toute la planète.
Ces meilleures conditions de vie entraînent une augmentation de la population et… des troupeaux, avec un besoin accru de pâturages, que l’on va chercher de plus en plus loin et de plus en plus haut, dés qu’ils sont dégagés des neiges hivernales. Pasteurs et troupeaux se rendent sur les estives (pâturages d’altitude utilisables seulement en été) qu’ils ne quitteront qu’à l’arrivée de la mauvaise saison. Ces déplacements réguliers des hommes et des bêtes, ou transhumance, peut s’effectuer sur de courtes distances, se limitant du piémont à la montagne et retour, ou sur de longues distances, reliant l’axe pyrénéen aux bassins de l’Ebre et de la Garonne.
La nécropole d'Ilarita et la forêt d'Iraty
Ces vastes déplacements ont permis à ces populations, qui parlent déjà un langage « proto-basque », de s’initier aux nouveautés qui se répandent en Europe, qu’elles soient techniques ( comme la poterie, ou l’usage des métaux) ou spirituelles, comme les nouveaux rites funéraires. Les premières sépultures remontent à l’apparition de l’Homo Sapiens ( 100 000 ans av JC.), on en connaît aussi attribuées à l’Homme de Néandertal, et en plus grand nombre à l’Homo Sapiens Sapiens du Paléolithique Supérieur ; peut-être expriment-elles déjà une certaine croyance en une vie future. Mais ce sont toutes des sépultures individuelles – Les sépultures collectives et les nécropoles n’apparaissent qu’avec les sociétés de production : à partir du Néolithique.
Les cercles de pierre ( ou cromlechs, ou baratz ) les tumulus simples ( tertres de pierres ou de terre) et les tumulus-cromlechs qui associent les deux précédentes techniques. Ces trois modalités ne sont que des variantes du même rite. Mais, si celui-ci s’est imposé dans ses règles générales, de grandes différences apparaissent, comme nous le verrons, lors de l’édification de chacun d’eux,, et nous n’avons jamais trouvé deux monuments identiques.
La nécropole d'Ilarita

La nécropole d'Ilarita
Avec l’incinération, le corps est brûlé, détruit, ( pour certains la fumée du bûcher emporte l’âme vers les divinités…). Les monuments, qui ne sont dédiés qu’à une seule personne, sont à peine visibles une fois la cérémonie achevée, en particulier pour les cromlechs dont l’essentiel des structures, parfois très soignées, très sophistiquées, reste caché sous terre. Les offrandes, nous le verrons, sont absentes ou fragmentaires, et surtout, les restes humains eux aussi peuvent être absents ou infimes. L’aspect symbolique prends ici le pas sur l’aspect matériel.
La mort en montagne peut, comme partout ailleurs, avoir de multiples causes : maladie, chute, foudre, animaux sauvages, ou même homicide. Mais il semble que tous les défunts sur les estives n’ont pas bénéficié d’un monument à incinération ; en effet, si l’on compare les presque trois millénaires de cette pratique avec le nombre de vestiges retrouvés ( surtout si l’on considère que chaque monument n’était consacré qu’à seule personne, ) il devrait y en avoir beaucoup plus, même en tenant compte des monuments encore ignorés ou détruits depuis.
La nécropole d'Ilarita et le sommet d'Okabé
On peut donc supposer que certains défunts ont été incinérés, et leurs cendres dispersées au vent, ou jetées dans un ruisseau de montagne, ou déposées dans une grotte, ou même simplement enterrées ; d’autres cadavres ont pu être exposés aux vautours…
Certains critères devaient donc présider au choix des bénéficiaires d’un monument, très probablement des critères de position dans l’échelle sociale de l’époque, la société de l’Age des Métaux étant déjà une société hiérarchisée, avec ses « prêtres », (ou chamans ), ses forgerons, ses chefs guerriers, ses « chefs bergers » etc.
Si, dans certaines circonstances, les monuments funéraires à incinération peuvent se trouver isolés, ou par deux ou trois, on les voit fréquemment groupés en nombre plus ou moins important : c’est la nécropole.
La nécropole d'Ilarita
La nécropole d'Ilarita ou d’Okabé est située sur un magnifique haut plateau : au cours des temps, certains lieux ont été privilégiés pour édifier ces monuments, en des endroits différents et à distance de ceux des habitats d’estives.
Ces lieux sacrés, qui serviront pendant des siècles, sont en général en altitude, La nécropole est située sur un magnifique haut plateau (accessible en 1h depuis le col de Sourzay en suivant le GR10) : au cours des temps, certains lieux ont été privilégiés pour édifier ces monuments, en des endroits différents et à distance de ceux des habitats d’estives.
La nécropole d'Ilarita
Ils sont souvent proches des pistes pastorales ou des voies de transhumance, mais dans des sites inhospitaliers, avec très souvent une vue dégagée sur l’horizon. Certaines configurations de terrain propres à la montagne satisfont aussi à des critères que nous ignorons,mais l’étude statistique de répartition de ces monuments montre que, quelque soit leur type architectural, ces monuments à incinération se trouvent essentiellement dans les cols, sur les lignes de crête et les hauts plateaux ; ceci est tout à fait différent de la répartition des dolmens que l’on retrouve surtout sur les replats à flanc de montagne, et à des altitudes inférieures.
La forêt d'Iraty
Comme on peut le constater, Ilarita est, avec ses 32 monuments, la nécropole la plus riche, et une des rares ayant tous les types architecturaux représentés ; mais on notera que les cromlechs sont, de loin, les monuments les plus fréquents. Il n’est pas possible à l’heure actuelle d’expliquer ce fait, d’autant que, au cours des temps, la qualité des architectures ne semble pas avoir évoluée.
La nécropole d'Ilarita
Sources : Jacques Blot.

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