Les stèles discoidales

Selon Jacques Blot, dans l'introduction de son article intitulé le message des architectures protohistoriques, « il est encore possible au XXIe siècle d’avoir un aperçu de la richesse de la vie spirituelle des Basques de la protohistoire.
Le cimetière traditionnel qui entoure l’église se nomme hil-harriak en basque, soit « les pierres des morts ». Les tombes y sont strictement orientées est-ouest, la face de la stèle tournée vers le tombeau voyant tous les jours le soleil se lever.





Michel Duvert (association Lauburu) propose la définition suivante d'une stèle discoïdale : « un monument dressé, au sommet arrondi et le plus souvent circulaire ». 






Pour Michel Duvert, la stèle discoïdale est un « espace structuré, hiérarchisé ».



Elle se divise en deux ensembles qui ont chacun une valeur déterminée, le socle et le disque. Ces deux éléments sont parcourus par l’axe vertical, qui ordonne l’espace et le polarise. L’axe horizontal du disque joue un rôle mineur, en comparaison à l’axe vertical. La bordure du disque est parfois une véritable couronne (école d’Arbonne en particulier, et en Labourd en général).


Le croisement des deux axes détermine quatre régions, la région sommitale (à 12 h) étant ’convoitée’ par les symboles chrétiens, et la région opposée (à 6 h) étant la limite entre deux mondes, celui du disque stellaire ou cosmique, et celui du socle, terrestre. Le centre du disque est une « source d’énergie ».




À partir du XVIe siècle, les stèles datées sont de plus en plus abondantes, surtout en Pays basque français. Ce développement intervient alors que le Moyen Âge s’achève, après de grandes épidémies ayant marqué la région, et qu’une poussée démographique a lieu, accompagnée de nouvelles conditions de vie (introduction du millet d’Inde (maïs), de la pêche à la morue). Les souverains navarrais sont repoussés vers la Basse-Navarre par les Espagnols, et les guerres de religions sévissent en Soule et Basse-Navarre.
C’est dans ce contexte, et dans un mouvement qui va s’amplifier au cours du XVIIe siècle, que les stèles discoïdales vont connaître un essor spectaculaire dans le Pays basque nord.




Dans la société basque, on assiste à cette même époque à la montée du pouvoir des assemblées de villages et de pays. Le maçon remplace peu à peu le charpentier dans la construction du cadre de vie (maisons, églises) et le savoir-faire local se retrouve parfois loin du Pays basque (construction de cathédrales dans la péninsule ibérique : Juan de Olotzaga à Huesca de 1400 à 1415, Martin de Gainza et Miguel de Zumarraga à Séville, Juan de Alava près de Salamanque jusqu’en 1537). Localement, les maçons et tailleurs de pierre sont des agriculteurs qui perpétuent de père en fils le savoir-faire de la pierre. Cette particularité donne un aperçu du monde des maîtres sculpteurs de stèles.

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